Sommes-nous tous obsédés par nous-mêmes et le monde numérique ?

Nos vies sont numérisées au point que nos profils sur les réseaux sociaux deviennent plus importants que nos actes réels, que nos relations avec des proches. Mais ces usages renferment-ils la vérité absolue ?

Société numérique des réseaux sociaux
Crédit: pixabay.com
Réseaux sociaux

Les gens prennent des centaines de selfies pour en publier un seul. On choisit la posture, les habits, la luminosité, le contraste, on essaye des filtres…et les heures s’écoulent, la journée se termine, la vie passe à côté. Une fois publié, on attend des likes, des commentaires, des nouveaux followers. On revérifie le nombre des likes chaque instant, on regarde qui a exactement liké : ce besoin que les individus ont à obtenir une reconnaissance sociale constante, cette fameuse course aux « like », on constate que ces usage entraînent des phénomènes malsains, notamment une forme de narcissisme absolu. Je ne juge pas, je fais pareil.

L’amitié se juge aussi par des like réciproques. Les membres de la famille ne sont pas toujours autorisés à voir tout le continu de nos profils. On n’ajoute pas nos amoureux dans les amis avant que cela ne soit une relation exclusive et officielle. Ou jamais, même. Certains choisissent un partenaire en fonction de sa présence sur les réseaux, pour former un couple de rêve…mais imaginaire. « Je ne sais pas si je vais continuer à le voir, il n’est vraiment pas photogénique ! » m’a déclaré une amie. On redéfinit toutes les notions de société : qui est un bon ami, une sœur attentive, un copain gentil ? Ils sont ceux qui regardent toujours nos stories, mettent des like, écrivent des commentaires, les premiers, bien sûr. Les jeunes ridiculisent les grands-parents par une pseudo-coupure de la distance générationnelle. On se blesse par des mauvaises interprétations, un manque de smiley, des textos laissés sans réponse, du ghosting.

On ne voit pas la vérité, on voit ce que la personne nous montre.

Le temps où l’on a parlé de double vie sur les réseaux sociaux et la vraie vie, a presque disparu. Maintenant ce phénomène a une triple facette : montrer ce qui est vrai en prétendant que ce n’est pas vrai pour pouvoir se libérer de la vérité. Une amie à moi qui souffre de solitude, voire d’un début de dépression, publie toujours des photos sur Instagram avec des textes méchants et/ou dépressifs. Quand je lui en parle pour voir son état d’esprit, elle nie tout : « Tu sais très bien les réseaux, ce n’est qu’une image. J’ai choisi celle d’une fille dépressive qui mange tout le temps et qui déteste tout le monde. C’est juste mon style ». Sauf que, même étant une mauvaise amie comme je suis, je ressens sa souffrance. Elle montre une soi-disant fausse image de soi pour parler du soi réel.

Sensations vives numérisées

Un voyage ne va pas exister si les photos le prouvant ne sont pas prises. Les gens cherchent à montrer une vie luxueuse à tout prix, même si les prix n’en sont pas abordables. On est coincé dans une boîte de jalousie envers la vie des autres. Je prends le risque de dire que la perte des photos ou des écrits est égale à la perte d’un proche car malheureusement, la mémoire humaine n’est pas parfaite, elle défragmente l’information et efface des souvenirs. Avec les contenus numériques, tout devient flux, un faible ressenti.

Moi qui ai perdu toutes les photos des voyages extraordinaires, des rares photos avec un chéri, des amis, de la famille, mes écritures, mes notes, mes réflexions, mes brouillons d’un roman, ce qui reste dans ma tête ne me satisfait pas. Les voyages, je pourrais les refaire ; les souvenirs d’un ex, tant mieux qu’ils soient partis. On peut tout refaire, mais cela sera une nouvelle création, un nouveau ressenti. Cela ne sera jamais comme avant. Donc oui, pour moi, ce qui n’est pas numérisé, n’a quasiment jamais existé.

Quelles sont les vraies couleurs des choses ? Quelles sont les vraies factures de tissu, des objets ? Il faut que l’on réapprenne à voir cela sans Photoshop. Quels sont les noms des plantes, des arbres, des oiseaux qui nous entourent ? Essayez d’en nommer quelques-uns sans les googler.

Quand on regarde un tableau, on remarque chaque couche de peinture, on a une idée de l’âge de ce tableau. Notre œil collecte l’information différemment et les signaux qu’il envoie vers notre cerveau, créent des perceptions totalement différentes. Je ne m’inquiète pas pour le monde réel, sa beauté ne sera jamais remplacée par tous les effets spéciaux du monde virtuel.

Toujours en ligne

Mais le numérique m’a affectée aussi. Qui suis-je sans lui ? Que pourrais-je sans ses vastes avantages ? C’est mon métier, mon domaine,  un outil indispensable pour une blogueuse. Je soutiens à 100 % le progrès et parfois trouve même qu’on est en retard par rapport à nos ambitions technologiques. Je suis sûrement une mauvaise personne pour conseiller de vivre dans une grotte, allumer un feu, chasser les sangliers. Présente sur les réseaux, je déteste que l’on me reproche de ne pas avoir répondu à tel ou tel message, ou d’avoir attendu quelques jours, semaines ou mois pour y répondre. Mais je n’ai pas trouvé la bonne formule pour dire aux amis que oui, j’ai déjà publié 3 tweets, 5 stories et un post fb mais toujours pas répondu à leur message.

Soyons francs. Je ne sais pas comment les autres utilisent les réseaux sociaux. Moi, je fais défiler les publications dans le métro, en faisant la queue ou attendant quelqu’un. Pour prendre une photo amusante et la publier, cela prend environ 3 minutes et je repars physiquement et mentalement ailleurs, à mon travail, faire du sport ou sortir avec des amis. Répondre immédiatement à un message engage une conversation plus longue, cela demande l’attention et des réflexions. Je ne mentionne même pas les groupes de discussion quand en 5 minutes on peut avoir plus de 60 messages à lire dans plusieurs bulles apparues. Cela donc prend plus de temps, ce que je n’ai pas toujours. Mais quand je réponds, je suis présente et à l’écoute de la personne à 100%.

Autre sorte d’obsession

On a beau penser que l’homme est exclusivement un être social, que le progrès nous a fait plus fort et intelligent, en réalité, cela nous a aussi fait perdre beaucoup de connaissances liées à la nature. Ces « rudiments » humains ont disparu dans le numérique.

A l’opposé des accros du numérique, il y a ceux qui cherchent à revenir vers des origines, vers la nature. Ceux qui apprécient des vraies rencontres entre amis, les dimanches en famille, des longues promenades dans un parc, un week-end déconnecté, du jardinage (même urbain). Il se peut que ces personnes ne soient pas rares. Mais vu qu’ils ne publient pas leur vécu vif, nous n’en savons quasiment rien.

Je suis persuadée que l’homme a toujours besoin de se ressourcer dans la nature. Aucun dimanche devant le Netflix ne donnera le même repos qu’une heure de promenade dans l’herbe, pieds nus. Je suis sûre que chacun a quelque chose d’agréable à faire, autre que surfer sur Internet (même si c’est mon blog et si cela me fait extrêmement plaisir), sans risquer  une nouvelle obsession.

5 réflexions sur “Sommes-nous tous obsédés par nous-mêmes et le monde numérique ?

  1. Tu sais, je suis animé par ses réflexions depuis quelques temps, elles font même objet d’étude de mon mémoire de fin d’étude en Psychologie. C’est fou comme les réseaux sociaux influencent notre rapport à nous-même et aux autres. C’est difficile de fuir cette « injonction à la visibilité » sinon on risque de ne pas exister. « Je suis vu, donc j’existe », voilà le nouveau mot d’ordre. Actuellement, je fais une expérience de déconnection. Ça me plait énormément. Les communications sur les réseaux sociaux sont trop envahissantes. On est tout le temps sollicité, Elles nous incitent aussi à solliciter les autres. Ce serait grave de s’enfermer dans une caverne, mais c’est intéressant à chaque fois de faire un retour réflexif sur nos usages.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *