La robotique et l’intelligence artificielle peuvent-elles vraiment nous remplacer ?

L’intelligence artificielle passionne les humains depuis des siècles : de Frankenstein à Maria de Metropolis, une bonne partie de l’industrie artistique du XXème et du XXIème siècle a cherché à prévenir contre la dangerosité de l’intelligence artificielle pour notre société et nos vies.

Intelligence artificielle peut-elle vraiment réfléchir?
Crédit : pixabay.com

Notre peur de l’intelligence artificielle est basée sur au moins deux choses : d’une part, celle que les robots remplacent les travailleurs. Car l’instabilité économique et la mauvaise gestion des gouvernements ne rassurent pas sur la possible sauvegarde des emplois humains. D’autre part, il y a le fait que nous ne comprenons toujours pas clairement le fonctionnement des robots, leur code, etc. Cela fait quelque fois redouter que ces machines ne nous menacent.

Pourtant, nous avons créé des outils d’agriculture primitive, et cela ne nous a pas tués. Nous avons construit des maisons, cela ne nous a pas tués. Nous avons inventé des téléphones portables, cela ne nous a pas tués. Alors pourquoi les robots, qui sont aussi des machines, viendraient-ils nous mettre en danger ?

Peut-être que nous surestimons les capacités de l’intelligence artificielle. Les robots peuvent emmagasiner plus d’informations d’un coup qu’un humain, et sans oublier les détails importants. Mais il faut comprendre que, derrière ces machines, il y a un algorithme pré-saisi par l’humain. Pourquoi avoir construit ces intelligence artificielles ? Pour pouvoir trouver le plus vite possible une meilleure solution à un problème (une solution déjà connue et/ou réfléchie par l’homme). Mais s’il est plus efficace de ce point de vue, le robot, contrairement à l’homme ou la femme, n’est pas capable d’aller inventer une nouvelle solution, une qui n’aurait pas été prévue.

Intelligences artificielles et travail

Regardons ce phénomène dans le milieu du travail : un robot fait des calculs plus rapides et plus souvent justes que les humains. Un robot agricole est plus efficace dans les champs pour cultiver, pulvériser et récolter ; un robot dans les salles d’opération ne risque pas de trembler des mains, etc. Ainsi, les professions liées à l’agriculture, à la génétique, aux mathématiques et à l’ingénierie sont-elles plus en danger que celles des artistes et créateurs.

Par ailleurs, à mon travail, je constate qu’une fois qu’un logiciel cesse de travailler, le personnel se divise en deux parties. D’un côté, il y a ceux qui arrêtent le travail jusqu’à ce que le logiciel reprenne son fonctionnement, parce qu’ils pensent ne rien pouvoir faire sans ce programme informatique. À l’opposé, il y a ceux qui trouvent une solution « à la main » pour terminer une tâche avec des moyens simples mais efficaces et rapides. Ces gens créent des solutions hors de leurs schémas habituels, même dans des conditions de stress.

On a beau penser qu’un robot ne fait jamais de fautes, en pratique, on constate que ces programmes peuvent quand même réaliser des erreurs. Cela prouve qu’il y a toujours besoin d’un homme pour vérifier comment fonctionne un robot, pour le corriger si besoin. Car ces machines ne présentent pas de vraie intelligence, celle qui permet d’utiliser l’imagination, des chemins inhabituels, spontanés et créatifs. (Sauf, bien sûr,  si vous êtes fan de la série « Westworld », où l’intelligence cognitive de haut niveau se retrouve aussi chez des robots.)

En France, les emplois dans les services clients sont déjà largement robotisés. Si vous vous adressez à une entreprise, il y a des chances pour que ce soit un bot qui vous fournisse des réponses pour résoudre votre problème. Ou pas, car cela dépend de la saisie correcte et sans erreurs grammaticales ou d’orthographe de votre question, nécessaire pour qu’un robot puisse utiliser l’algorithme qui fournit ses réponses. Donc si vos formulations ne sont pas très précises, vous allez recevoir le message type : « Désolé, je n’ai pas compris votre demande. Réessayez ultérieurement ». D’ailleurs, à force de voir des robots qui ne comprenaient pas les questions, des chercheurs ont testé quel genre de discussion peut s’engager avec un bot. Résultat : les discussions les plus longues ont été celles où l’homme insulte le bot.

L’intelligence artificielle et l’interculturalité

Les emplois basés sur les relations interpersonnelles ou  la communication sont les moins en danger, surtout quand on parle de travail à l’international et/ou à l’interculturel. Un robot peut parler parfaitement toutes les langues saisies dans son algorithme, mais il ne peut pas nuancer les humeurs et les sentiments humains. Il ne peut pas lire entre les lignes et interpréter le regard, la façon de parler, bref, toutes les subtilités des cultures.

Le fonctionnement des robots est basé sur des schémas pré-saisis, il ne peut pas sortir de son cadre. Coder le comportement humain n’est pas complètement possible. Ce qui est purement humain reste humain. On s’en rend très bien compte si l’on considère les différences interculturelles : imaginez le nombre d’algorithmes qu’il faudrait mettre en place pour permettre les échanges dans une rencontre interculturelle. Des matrices comprenant des items de langage, des sentiments, des perceptions, des gestes, des contextes, qui permettent de voir des subtilités culturelles, ces matrices n’ont pas encore vu le jour. Le cerveau humain peut abandonner les interprétations et croyances évidentes parce qu’il se rend compte que ses perceptions peuvent le trahir, qu’il est capable de le pressentir. Mais ce pressentiment est impossible à expliquer scientifiquement… et donc à coder dans une machine.

 

Les robots et l’intelligence artificielle ne sont pas là pour nous remplacer mais pour donner un nouveau sens à notre existence. Si toutes les tâches mineures et mécaniques peuvent être réalisées par un robot, un homme pourrait se concentrer sur ce qui lui permettra de donner un meilleur sens à sa vie. Il pourrait se réconcilier avec la nature et pouvoir prêter attention à autrui.

Finalement, peut-être que notre crainte des intelligences artificielles vient de l’angoisse d’être plus ou moins capable de trouver un meilleur sens à la vie humaine.

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