Rencontre avec Jessica Kartotaroeno, jardinière urbaine à Paris

Jessica Kartotaroeno, étudiante en huitième année de médecine, « une poète des plantes », qui adopte le bricolage et le recyclage pour son jardin urbain, partage avec nous son histoire d’amour pour le jardinage.

récolte de radis urbain

– Jessica, tu es Calédonienne. Tu as habité à Paris, à Grenoble et là, tu as été acceptée pour un poste à Genève ! Tu as un jardin caché, littéralement. Tu cultives des légumes et des fruits sur ton balcon à Paris, ainsi qu’à Grenoble et tu obtiens toutes ces récoltes régulières impressionnantes ! Je souhaite énormément qu’un jour tu organises un atelier de jardinage urbain où tu pourras enseigner, aux débutants comme moi comment récolter les produits de ses efforts. Par quoi tu as commencé ?

– Merci Kristina pour cet interview exclusif. Un plaisir que mon passe-temps passionne et fasse rêver certains et certaines. Par quoi j’ai commencé ? Jardiner dans des petites jardinières sur mon balcon parisien de 7m2, il y a 2 ans exactement. J’ai débuté avec des plantes « faciles » à cultiver comme les herbes aromatiques. C’est le truc du débutant. Puis je me suis lancée des défis plus risqués et jamais vu … Faire pousser des courgettes dans des bacs recyclés de WWF, des blettes, des coquelicots capricieux, des okras ! Entre temps, taper sur du bois, scier, imaginer et construire me faisait penser à autre chose et embellit mon esprit et mon appartement. Je combinais recyclage et jardinage, comme maintenant.

– Est-ce que tu as toujours jardiné en Nouvelle-Calédonie et ensuite à Paris ? Etait-ce un désir de renouer avec tes origines ?

-Eh bien, en Nouvelle-Calédonie je n’ai JAMAIS jardiné ! Même JAMAIS bricolé. C’était le travail de mon papa. Moi je ne faisais que la cueillette. Il disait que le bricolage « c’est pour les garçons ». FAUX ! Jardiner n’est pas non plus venu comme ça à l’idée d’un coup de tête. Mon histoire est un peu troublante Kristina. J’ai perdu mon papa il y a 4 ans lors de ma préparation au concours national d’internat de médecine, suivi de mon papi. Il s’en est suivi d’un douloureux deuil et d’une dépression… Concilier des études stressantes et mon deuil était devenu insupportable. Je n’avais plus confiance en moi.

Je ne jardinais pas à l’époque. En faite, je ne faisais RIEN. Puis thérapie après thérapie, mon petit ami a fait bouger les choses. Il pensait que « m’occuper » le corps et l’esprit me ferait « guérir ».
Ce que mon papa faisait de merveilleux c’était « donner la vie » avec sa main verte. C’est un merveilleux souvenir, un héritage. Donc ce que je fais actuellement, renoue exactement avec mes origines calédoniennes et campagnardes. Sur la photo, c’est mon papa avec une patate douce de 4-5 kilos. Ouais, t’as rien vu d’aussi balèze!

Cultiver une patate douce de 4-5 kilos
Crédit photo : Jessica Kartotaroeno

Peux-tu me donner un chiffre approximatif sur le nombre de kilos que tu récoltes par genre, ou par saison, combien de différentes sortes de fleurs ?

– Uhmm… Impossible car je ne les pèse jamais. Cependant, je peux te dire que des fois je n’en peux plus. Un jour j’ai trop de ci et un autre, trop de ça. (Rires) Auto-suffisance alimentaire. Je donne des légumes à mes amis aussi, lol. Je les nourris mes amis.

Plein de légumes : courgettes (il paraît que c’est ma spécialité, elles fondent comme du beurre sous ta langue), délicieuses fleurs de courges (tu vas adorer, c’est une tuerie) ; tomates (j’en pouvais plus cet été, y’en avait tellement trop), piments, poivrons, blettes , radis ronds et allongés, fenouil, aubergines, haricots nains, ladies fingers (okra), herbes aromatiques. Plein de fleurs (j’adore les fleurs) : comestibles, odorantes et décoratives. Voici ce que j’ai pu faire fleurir depuis 2 ans sur mon balcon et dans ma maison : coquelicots, bleuets, bulbes, glaïeuls, bougainvilliers, tournesol, rosier, cactus, tradescantia, string of hearts … Plus les plantes décoratives de la maison… Y’en a trop à citer. Je te rassure ma maison est très propre !

Récolte de courgette dans le jardin urbain

Tu n’as pas qu’un jardin urbain, mais tu utilises aussi des bacs recyclés, tu fais de la décoration avec des fleurs et des objets recyclés. Complètement DIY ( « Fais le toi-même »). Parle-moi un peu de cette pratique ?

-Mon copain m’a un jour inscrite à un atelier de « fabrication de table avec du bois de palette » pour me faire sortir de ma dépression. J’étais pas vraiment emballée à l’époque de me trimballer dans tout Paris pour taper sur des clous et faire un truc de « garçon »… Et en faite… ben c’était G-E-N-I-A-L. Je suis donc revenue chaque semaine pour y bricoler, CHAQUE SEMAINE, pour admirer le jardin potager. Cet endroit s’appelle la Recyclerie, situé dans le 19ème arrondissement de Paris, métro ligne 4, porte de Clignancourt. C’est une ancienne gare réaménagée en repère café-restaurant-potager- ferme urbaine-discothèque… C’est compliqué à expliquer. Il faut visiter. Tu peux emprunter des appareils pour bricoler, pour manger. Un abonnement pour l’année et plein de privilège. Un endroit qui proclame « contre l’obsolescence programmé » ! Tout se recycle. Tu vois le genre… écolo quoi ! C’est là bas que tout a germé.

Objet d'art avec une plante

– Sur ton compte Instagram « kokonut_nc » ce n’est pas uniquement les photos de tes récoltes qui impressionnent, tu donnes vraiment envie de commencer à jardiner avec tes métaphores comme « guirlandes végétales » (pour les tomates), courgettes avec ses cicatrices, « copines de terre », « la joie végétale » etc. Cela est vraiment inspirant. As-tu un site où tu partages, peut-être tes conseils? Le monde entier doit être au courant ! Où trouves-tu cette inspiration ?

– Le « kokonut_nc » en hommage aux nombreux cocotiers calédoniens. Il parait que je suis « poète », « romantique » avec les plantes, m’a-t-on dit sur Instagram. J’ai beaucoup d’amour pour le monde végétal. Cela a beaucoup d’importance à mes yeux. S’il n’y pas de plante, il n’y a pas d’Homme. J’ai également un blog sur lequel je rédige des tuto rapidos sans chichi concernant mes constructions et mes plantations : kokonutdiygarden.wordpress.com. Certes, je suis plus active sur instagram. Cette inspiration vient de partout. Calédonie égale la nature par excellence.

Quand je marche dans la rue et que je vois un superbe magasin dont le prix des objets/ luminaires est exorbitant alors je m’imagine plein de choses. Et pouf je me suis construite un luminaire, puis un bureau…et hop une bibliothèque ! J’aime beaucoup le design scandinave, les formes droites. NON NON pas Ikea s’il te plaît… Concernant les plantes, je suis fan de la botanique que j’ai réussie à apprivoiser en si peu de temps. Je deviens folle quand on me parle de plantes. Il faut me comprendre, j’ai vécu 18 ans dans une jungle idyllique d’1 hectare 10 en Nouvelle-Calédonie. Mon papa était jardinier de plus. Il avait d’incroyables mains de fée.

– Tu vis l’interculturalité au quotidien. Toi, originaire de la Nouvelle-Calédonie, ton copain de la Suisse, vos parents, vous tous partagez cette activité de jardinage. D’après-toi, est-ce qu’un jardin (autrement dit un besoin d’être rattaché à la terre), c’est quelque chose qui nous (les gens de différentes cultures) réunit ?

-Bien sûr. Il permet aux gens de passer du temps ensemble, de se connaître. J’ai rencontré plein de gens d’ethnies et de cultures diverses lors des différents ateliers que j’ai effectué à la Recyclerie. J’ai beaucoup d’expérience dans les plantes tropicales et par exemple, les français connaissent bien les produits de saison dits européens. Chacun partage ses connaissances dans un milieu relaxant et convivial !

– Souvent, en commentant tes photos, tu dis : « Cela fait du bien au moral». Quelle influence sur le bien-être apporte le jardinage ?

– Je te le dis franchement : bienfait physique psychique, satisfaction de voir un avancement des tes plantations chaque jour, tu ne fais que de créer la vie (bon c’est vrai que si tu es vraiment nul(le) et bien tu tues), tu récoltes les bonnes choses que tu as semées. Les plantes m’ont sauvée. Elles continuent de le faire. Elles m’ont aidée à réussir mon concours. Je suis heureuse dans ma spécialité. Médicalement, le jardinage a été reconnu comme une parfaite thérapeutique dans le traitement du stress, de la dépression, de la perte de mémoire (Alzheimer notamment), tonicité, etc…

– Qu’est-ce que cela veut dire pour toi, l’interculturalité ? Pouvons-nous vraiment être interculturels ?

– Interculturalité, c’est quand plusieurs cultures agissent de manière synergique, afin de vivre en symbiose. Dans mon cas, calédonienne intégrée en France, d’origine indonésienne-japonaise, déménageant seule en Suisse-française, ayant vécu dans la brousse. Actuellement avec un écossais-anglais ayant toujours vécu en Suisse-germanique, plus citadin. On a gagné la palme d’or ! Si nous pouvons l’être interculturels? Oui bien sûr que nous pouvons et il le faut. Sans ça, il y aurait toujours des guerres, des gens écartés et en retrait. Si j’y crois c’est parce que la Calédonie regorge de multiples métissages. Des cultures tellement mixtes et variées. Il faudrait que tu viennes visiter !

jardin urbain sur le balcon

– Un conseil comment commencer son jardin urbain ?

– Tout le monde peut se lancer. Pour débuter, s’acheter ou récupérer une jardinière. Du terreau, de la lumière et un peu d’espace. Je donne le nom des pantes pour les plantations du débutant : herbes aromatiques, radis, plants de tomates déjà acheté ou en graines, plants de fraisiers, petites fleurs mellifères. Je ne décourage pas mais les légumes comme les cucurbitacées en ville sont plus difficile à faire pousser et demande extrêmement beaucoup d’attention. Vous risquez d’être déçue les 1ères fois (patience recommandée). Il faut se renseigner sur les saisons. Internet aide bien au début ! Faites vous un calendrier. Pinterest c’est super sympa aussi ! Sur Insta, il y a plein de blogueurs prêts à vous répondre… dont moi !
Donner un peu de temps et patienter ! A la fin, vous savourerez!

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