L’interculturalité, c’est pour qui et pour quand ? Une idée de la France

La Nature. La Culture. Ce qui n’est pas naturel, est culturel.

Tout est globalisé, tout est connecté. Les échanges culturels de pratiques et d’expériences dans tous les domaines ont fait leur chemin dans les affaires étrangères, le commerce, l’éducation et la psychologie. Ce phénomène appelé « l’interculturalité », mis en lumière par les anthropologues et que l’on imaginait concerner uniquement les expatriés, les individus issus de métissages ou immigrés, est maintenant intégré dans notre vie quotidienne.

Mots qui illustrent la complexité de la notion de l'interculturalité

Interculturalité : wordcloud

Le phénomène de l’interculturalité est une histoire de rencontres, du fait qu’il n’existe pas une culture mais des cultures, au sein desquelles des individus coexistent et interagissent.

En ce sens, on parle dans les médias de l’intégration des réfugiés, dans la science de l’éducation on parle de l’adaptation réussie des immigrés et de leurs enfants, en psychologie on parle d’acculturation, la sociologie décrit les contacts de cultures, dans le commerce on insiste sur le management interculturel pour mieux gérer les équipes multiculturelles, la négociation, l’expatriation.

On présente ce phénomène comme le fameux « melting pot » où l’on est obligé de coexister avec d’autres, au lieu de plutôt voir cela, tel que l’explique le sociologue français Michel Wieriorka, comme une mosaïque dans laquelle tous les fragments font partie d’une image unie.

On ajoute fréquemment des préfixes différents à ce terme : cross-, multi-, inter, trans.

La cross-culturalité

Elle est souvent confondue avec l’interculturalité et fait référence à la comparaison des cultures, par exemple, les sociétés des pays latins sont plus individualistes que les sociétés des pays d’ex-Union soviétique. L’unité d’analyse est une seule culture/un individu en face d’une/un autre.

La multiculturalité

Elle concerne les groupes de différentes cultures qui ne se mélangent pas totalement mais qui s’influencent légèrement, comme au sein d’une équipe composée d’un Français, un Allemand, un Sud-africain, un Russe, un Coréen, chacun ayant son background culturel et essayant d’en tirer avantage. L’unité d’analyse est une seule culture/un individu parmi les autres. Dans cette branche on retrouve également l’influence des autres sur l’individu et sa possible transformation.

Les frontières entre le multiculturel et l’interculturel sont assez floues.

L’interculturalité

Elle représente l’intégration et l’appropriation des différences culturelles. Par exemple, le « Third culture kid » : l’enfant né ou élevé dans une culture autre que celle de ses parents. L’unité d’analyse est une multiculture/un individu multiculturel et son rapport avec les autres.

Cela nous amène vers les travaux scientifiques réalisés dans le domaine de l’anthropologie sur l’interculturalité et la compréhension profonde d’un être humain et de son comportement : Jacques Demorgon, Fons Trompenaars, Edward T. Hall et Geert Hofstede. Voici, par exemple, le site de G. Hofstede,  psychologue social néerlandais qui a beaucoup travaillé sur les dimensions culturelles.

La transculturalité

Ces dernières années, les chercheurs étudiant ces échanges culturels, qu’importe leur domaine, ont commencé à parler de transculturalité, en tenant compte que la notion de culture en elle-même n’est pas un référentiel stable et qu’il existe des changements constants ainsi qu’une évolution des habitudes et des croyances culturelles. La transculturalité est en fait un processus d’interaction constante entre des cultures, entre des individus considérés comme multiculturels, dans un mouvement constant. Au final, le brassage est tel que l’on peut désormais fixer un point de départ (une culture de base) pour les analyses.

 

Nous ne nous trouvons plus dans un monde où l’interculturalité n’existe que pour les gens qui voyagent, qui ont des compétences spécifiques pour communiquer avec les étrangers. Rester en un même lieu, ne parler que sa propre langue et être un nationaliste convaincu ne signifie aucunement que l’interculturalité n’est pas présente dans notre vie. Elle est là, partout : dès l’ouverture du nouvel onglet de Google sur notre ordinateur, lors du visionnage d’une franchise d’émission TV, au détour d’un groupe de touristes perdus dans le métro, du voisinage, du petit kebab acheté en cours de soirée. Tout le monde a forcément vécu une expérience interculturelle sans s’en rendre compte. Mais les échanges interculturels sont là, on commence à interagir même inconsciemment, avec de l’intérêt ou une prise de distance. Sans se demander en amont si l’on gère bien cette expérience ou si l’on ressent un choc culturel.

L’interculturalité ne nous laisse plus le choix de la vivre, de la découvrir, de la partager ou non. On est, sans doute, obligés, dans le bon sens du terme, de suivre cette nouvelle route. On est resté trop longtemps enfermés, réservés, cultivés dans un même mode de vie. On a évoqué les frontières, les langues, les nationalités, des coutumes, des habitudes, et maintenant que tout est « classé », on a le temps et surtout le besoin d’élargir notre vie et d’ouvrir des portes aux autres. L’interculturalité, c’est maintenant, c’est pour tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *